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En Attendant GODOT ou l’Eternisation du dérisoire

   Par Khalid JEBOUR

Tant de mouvements et de courants littéraires et artistiques se sont succédés tout au long de l’histoire. Or, dès le début du vingtième siècle, le genre canonique commence peu à peu à être abolit avec des auteurs qui avaient opté pour une vision nouvelle du monde et une conception moderne de la littérature, après tous les bouleversements qui ont caractérise le début de ce siècle, annonçant, du coup, la venue d’une nouvelle ère qui constitue une révolution par rapport à sa précédente : Freud, avec la découverte de l’inconscient, la découverte de la relativité… en est les manifestations.

Ainsi, à cette époque, artistes, écrivains et philosophes partageaient les mêmes sentiments de solitude, d’inquiétude, désarçonnés face à la condition humaine qui devenait de plus en plus absurde notamment après les horreurs des deux grandes guerres mondiales et tout ce qui les a accompagné de terreurs et de massacres : génocides, bombe atomique… bref, l’image d’un être humain qui, pour assouvir les besoins monstrueux de sa cupidité, est capable de tout exploiter, même en  le détruisant. En un mot, l’humanité est arrivée à une extrême folie susceptible de mettre fin au genre humain. 

C’est ainsi que ce Nouveau Théâtre; le Théâtre de l’Absurde voit le jour. A travers cette forme d’art, on voulait faire du théâtre non un moyen qui permet d’accéder au palais royal pour voir le roi, se hôtes, les meubles qui ornent sa demeure et les mœurs de son entourage, mais un procédé permettant de cerner l’homme dans sa réalité et de plonger dans les profondeurs de son esprit pour lui montrer ses vices, ses défauts, ce qu’il doit garder et ce dont il doit se débarrasser, ce qui fait son malheur et ce qui peut lui rendre son bonheur et sa béatitude perdus dans un univers déshumanisé.

Samuel BECKETT est l’un des auteurs à qui les portes de l’histoire se sont ouvertes avec bienveillance, malgré son extrême discrétion, tout en reconnaissant que cet auteur a bel et bien laissé ses empreintes dont l’humanité se souviendra pour toujours. Discret et solitaire, cet homme ; Samuel BECKETT a tant souffert, il disait : ‘’ J’ai toujours eu la sensation qu’il y avait en moi un être assassine, assassine des ma naissance. Il me fallait retrouver cet être. Tenter de lui redonner vie’’.  

En quittant sa mère, il se refugie dans la littérature qui, comme disait Sartre : ‘’ s’elle ne permet pas de marcher, elle permet de respirer’’. C’était quelqu’un qui avait tellement besoin de la littérature tout en sachant qu’elle lui permettrait d’avancer et de ne pas lâcher  le bout de fil de l’espoir. ’’ L’écriture m’a conduit au silence. Cependant, je dois continuer. Je suis face à une falaise et il me faut avancer. C’est impossible n’est ce pas ? Pourtant on peut avancer, gagner quelques millimètres’’ disait-il.  Souffrir et écrire pour ne pas souffrir, telle est, à mon sens, la devise de notre auteur. En transformant son dégout et son malaise en art,  en les transférant pour parler le langage freudien, il a créé un chef-d’œuvre dans lequel il a mis en scène la décontenance d’une existence envahie par une vaine attente. Il s’agit de ‘’ En Attendant GODOT’’, cette pièce qui a été tant refusée avant de faire couler une éternité d’encre sérieuse et en fin gagner sa place au milieu des chefs-d’œuvre de la littérature internationale.

En mettant en scène des personnages en décomposition, désarmés face à leur sort, BECKETT présente le cote absurde de la condition humaine. Seuls, dans une sorte d’attente qui rend leur existence banale, ces personnages incarnent la nature humaine telle qu’il l’a conçue : contraire à la raison et sans avenir. En effet, il ne donne pas à voir dans sa pièce des hommes, il laisse l’Homme se montrer, l’être humain, cet être imparfait qui se croit parfait et qui n’ai qu’un éternel marcheur qui ‘’tourne dans le vide ’’ et dont sa quête de sens le laisse absorbé par la déperdition et la déréliction.

Les personnages attendent ‘’GODOT’’. Il constitue l’objet de leur attente. Or, nul n’est certain de son arrivée. Pourtant ils ne cessent d’attendre. Vladimir, cette homme léger, ample et un peu féminisé n’incarne t-il pas  l’esprit humain par sa légèreté et son détachement ? Il pense et raisonne pour qu’in ne perde pas l’espoir mais aussi pour donner sens à cette attente. Il ne dort pas, ne mange point. Il fait semblant d’être subtile au sein de cette situation d’attente infinie. Intellectuel, il se refuge dans la pensée pour s’éloigner de cette réalité dont la banalité, la répétition et l’absurdité étoffent et le (les) suivent là où il est. Pour lui, ‘’ chacun a sa petite croix pendant le petit pendant et bref après’’.  ESTRAGON, ce vagabond qui garde, malgré tout, la tête sur les épaules, est un pragmatique qui n’exige que nourriture et protection, ce qui le rend dans une sorte d’obéissance proche de la soumission.  Ayant peur de rester seuls et par conséquent de plonger dans le néant de soi-même, ces deux personnages s’attachent à rester ensemble, afin de se divertir, de faire passer le temps et de remplir ses vides… Et les leurs aussi. ‘’ En attendant, essayant de converser sans nous exalter, puisque nous sommes incapables de nous taire’’  disait Estragon.

Mais alors que ces deux personnages tentent de trouver raison d’être, l’un par la subtilité et l’autre par l’errance et l’indifférence, surgit sur scène deux autres personnages. Pozzo fait de l’autorité insignifiante qu’il détient un moyen par lequel il tend à s’infirmer dans la négation. Avec son esprit robuste, il veut montrer aux autres son élévation. Pourtant, il avoue : ‘’ (…) je en peux me dépasser de la société de mes semblables, même s’ils ne me ressemblent qu’imparfaitement.’’  Pozzo ne cesse d’esquinter Lucky. Ce dernier est un esclave qui n’agit point contre la tyrannie de son maitre qui le traite rigoureusement comme une bête. Il n’est, et cela est clair par sa passivité et son laisser-aller, qu’un accessoire qui orne la vie de Pozzo qui incarne le pouvoir aveugle à la souffrance d’autrui. Mais Lucky aussi pense tout en ne secouant pas le joug pour se débarrasser de la corde qui l’attache et après ordre reçu de part du maitre. Ainsi il parle tel un somnambule et, sans honte, il met en cause la condition tragique de l’Homme : ‘’ (…) l’Homme en bref… malgré le progrès de l’alimentation et l’élimination des déchés, l’Homme  est en train de maigrir…’’     Estragon n’illustre t-il pas l’image de ce penseur, se croyant libre de penser alors que toute son existence est conditionnée de l’extérieur ? L’humanité n’a telle pas vraiment ‘’maigrie’’ avec sa perte d’environ  dix-sept millions d’êtres humains tués lors de ’’ la boucherie héroïque’’ du vingtième siècle ?

Les personnages de cette pièce tournent autour d’eux. Ils sont comme perdus dans un labyrinthe sans repères, dans un désert où le nulle part et le quelque part signifient la même chose. Ils essaient de semer par-ci par-là des graines d’espoir. Tendus comme une corde entre la rationalité et l’irrationalité, nous constatons une sorte de dépendance réciproque, les uns aux autres et tous aux circonstances qui les mettent ensembles. Il ne sont pas fous, ils sont déraisonnables et tendent à se pencher vers la rationalité. Et de ce fait, se perdent encore une fois dans une sorte d’infini recommencement d’une quête de quelque chose ; peut-être de soi-même.   La scène de changement de chapeaux et le signe de l’infini qu’ils dessinent illustre bel et bien cet infini recommencement.

Pour conclure, on ne peut s’empêcher de dire que cette pièce permet de philosopher, même si le lecteur (spectateur) non averti peut certainement opter pour la non-signifiance de la pièce. Elle est faite de questions. Elle nous présente l’Homme qu’ sein de l’absurde apathie et l’étouffante aphasie. Elle parle au publique à propos de cet être qui a permis à la banalité et la médiocrité d’envahir son présent tout en aspirant à fuir un passé obscure pour bâtir un avenir plein d’incertitude qui s’éloigne à fur et à mesure qu’ils en approchent. En bref, en regardant ou lisant la pièce théâtrale, rien ne nous empêche que BECKETTa bien su nous faire sentir cette attente et cette absurdité en ne faisant pas entrer ce GODOT. Le spectateur devient ainsi acteur qui aspire, lui aussi, à donner sens à la pièce. Le dramaturge nous pousse à poser des questions et d’y répondre tout en nous reflétant une scène des la banalité quotidienne.

            En fin, il est impératif d’avouer que Samuel BECKETT a su tirer l’éternel du dérisoire, et qu’il a pu transformer le quotidien avec sa banalité et parfois avec son insignifiance, en œuvre d’art, tout en l’amalgamant avec son épuisement, son malaise qui s’enracinent dans sa conception du monde et de l’existence. En pleurant en silence, il a traduit en mots ses souffrances dans des œuvres qui méritent bel et bien le statut de l’universalité.

   Par Khalid JEBOUR

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